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« Nous avons franchi un cap en termes d'efficacité »

Les Coupes du monde de football, comme les jeux Olympiques, font régulièrement passer de nouveaux paliers à l'AFP. Cela s'est-il vérifié avec le Mondial 2018 ?

Vincent Amalvy : Ce Mondial en Russie était un challenge à la fois éditorial, technique, logistique et budgétaire. Avec des moyens moindres mais une excellente préparation, nous avons franchi un cap en termes d’efficacité. La qualité de l’organisation russe nous y a aidés. Mais le succès de notre déploiement est aussi le résultat d’une très bonne synergie entre les différents métiers de l’Agence : texte, photo, vidéo, infographie et vidéographie.

Didier Lauras : Le contexte était à la réduction des coûts. Avec le budget de la Coupe du monde 2014 au Brésil, nous avons assuré la totalité des opérations spéciales de 2018, y compris le Mondial en Russie. Comme aux jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang (Corée du Sud), nous avons réorganisé la couverture en réduisant notamment le nombre de nos envoyés spéciaux en texte. Pour la première fois, nous n’avons pas envoyé le desk sur place.

Pourquoi ce choix ?

DL : Le desk texte ne doit plus être seulement considéré comme la dernière étape de relecture et de validation mais comme un chaînon majeur de la production, dont une partie importante peut être effectuée à distance. Toute la partie factuelle des rencontres et des faits de match qui valait un encadré a ainsi été déléguée au desk. Les collaborateurs sur site ont pu consacrer leur temps à ce qui caractérise le terrain, à savoir l’ambiance et les interviews.

VA : C’est une forme de travail que nous développons de plus en plus parce que la technologie nous le permet. Nous pouvons désormais opérer de n’importe où, nous n’avons plus à faire déménager nos desks sur place comme nous le faisions auparavant. Au-delà du texte, c’est l’ensemble de l’édition qui a été déportée à l’occasion de cette opération spéciale. Selon les métiers et les priorités, la production a pu être validée depuis nos desks à Paris, Montevideo, Berlin, Londres et Madrid.

17 juin 2018 – Rostov-sur-le-Don (Rostov Arena), Russie – L'attaquant brésilien Neymar réagit après avoir été attaqué par le milieu de terrain suisse Valon Behrami lors du match de football du Groupe E de la Coupe du monde entre le Brésil et la Suisse. © Jewel SAMAD / AFP

Quels ont été les effets de cette réorganisation sur le plan éditorial ?

DL : La plus forte intégration du desk dans la production renforce la valeur du terrain et améliore la couverture. Les envoyés spéciaux ont plus de temps pour recueillir des déclarations, soigner leurs angles et collecter des informations que les desks traiteront. Qu’il soit sur place ou ailleurs dans le monde, chaque membre du dispositif participe à la couverture. Au final, nous avons probablement gagné en qualité et en implication tout en faisant des économies !

VA : Sur ce Mondial, nos équipes ont pu travailler de façon plus statique grâce à cette répartition, à un maillage géographique précis et à une polyvalence accrue. Concrètement, une partie de la production vidéo a été assurée par des photographes, les journalistes texte ont collaboré pour toutes les langues de production, des JRI ont glané des citations pour le texte, des photographes ont envoyé des citations d’équipes sur lesquelles le texte avait fait l’impasse… Tout le monde a fait équipe et le mélange des genres a bien fonctionné.

Comment était coordonné ce vaste ensemble ?

VA : L’opération reposait sur une centaine d’envoyés spéciaux, notre équipe basée en Russie et le « cluster » des desks dédiés. La coordination de l’ensemble de la couverture s’est faite depuis un bureau temporaire au centre de Moscou, à deux pas du Loujniki, le stade de l’ouverture et de la finale du Mondial. 

DL : Un point quotidien avait lieu entre la rédaction en chef centrale à Paris et l’équipe de coordination. Les différents métiers et les langues de production y étaient représentés, de même que notre filiale sportive allemande SID. Cet échange nous permettait de bénéficier d’un regard extérieur et, au-delà de la Russie, de mobiliser les bureaux, dont ceux des 32 pays participants. L’avantage comparatif de l’AFP, c’est sa capacité à faire travailler la totalité de son réseau.

30 juin 2018 – Sotchi, Russie – L'attaquant portugais Cristiano Ronaldo contrôle le ballon lors de la Coupe du monde de football qui opposera l'Uruguay et le Portugal au stade Ficht. © Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

L’image était très attendue, quel dispositif l’AFP a-t-elle mis en place, notamment pour la vidéo ?

VA : L’effort consenti sur le plan des effectifs vidéo, triplés par rapport au Mondial brésilien, est le reflet de l’évolution de l’Agence. Il répondait aussi à la nécessité d’assurer des couvertures live sur les à-côtés des matches. Autant que possible, nos équipes ont travaillé en mobilité en utilisant des boîtiers Aviwest. L’objectif était de faire du direct aux moments clés, en fonction des droits dont nous disposions. Une négociation importante s’était jouée en amont entre les organisateurs et les non-détenteurs de droits comme l’AFP, le but étant de produire les meilleurs contenus possibles sans avoir accès aux rencontres.

DL : L’AFP a poursuivi sa montée en puissance en produisant 2.000 vidéos broadcast et web en cinq langues. Outre les présentations des équipes, des villes et des stades, nous avons brossé des portraits de joueurs et proposé des images d’entraînements et de conférences de presse, tout en suivant les réactions dans les fans zones et les actualités en périphérie de la compétition. La vidéo est désormais centrale, il n’est plus possible, par exemple, de monter une bonne interview si elle n’est pas embarquée. Dans l'absolu, pour 20 minutes en tête-à-tête avec Neymar, Lionel Messi ou Kylian Mbappé, on passe d’un joli coup à un scoop mondial.

La photo a-t-elle à nouveau brillé par ses innovations ?

VA : Pour appuyer le dispositif photo, nous avons déployé notre dernière technologie en matière de robotique. Sept des douze stades ont été équipés de robots légers à pilotage manuel ou automatique, sur lesquels nous travaillons en partenariat avec Nikon. En Russie, nous en avions plus que les autres agences. Un grand nombre étaient postés dans les toits et doublés de photographes spécialisés dans les prises de vue aériennes, pour l’essentiel Kirill Kudryavtsev et Jewel Samad, qui ont vécu pendant un mois dans les passerelles, à la verticale des terrains. L’ensemble a donné une production originale et conféré une spécificité visuelle à cette Coupe du monde.

DL : Ces vues du ciel ont été une vraie réussite. Les « catwalks » des stades n’ont été ouverts aux agences qu’au dernier moment mais Vincent, en charge de l’organisation, a fait le choix de parier sur ces positions plutôt que sur d’autres plus conventionnelles. Nos concurrents n’avaient pas nécessairement saisi le caractère innovant de cet angle aérien. Ils ont d’abord opté pour des positions classiques et ce n’est qu’au vu du succès remporté par l’AFP auprès des médias qu’ils se sont ravisés. Nos concurrents ne sont arrivés dans les toits que pour les demi-finales.

Des enseignements peuvent-ils être tirés en vue des prochains grands événements sportifs ?

DL : Entre les grosses opérations de type JO, Mondial ou Euro, nous avons toute une série d’événements sportifs d’importance à couvrir, une dizaine en 2019. Après la Coupe du monde de cricket en Angleterre et au Pays de Galles venaient la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN) en Egypte et le Mondial féminin en France, puis la Coupe du monde de rugby au Japon, sans oublier les championnats du monde de natation et d’athlétisme. L’organisation est bouclée. Pour la partie éditoriale, nous ferons à distance tout ce qui peut l’être en nous inspirant de l’éditing déporté du Mondial russe.

VA : Nous sommes d’ores et déjà sur la couverture des jeux Olympiques 2020 à Tokyo. Compte tenu de la pression budgétaire, la préparation avec le CIO et le comité d’organisation doit nous permettre de rentabiliser au mieux nos investissements. Avant cela, il faudra réussir l’Euro 2020 organisé dans 12 villes européennes. Ce sera un nouveau défi technique mais, heureusement, les équipes ne quitteront leur camp national que la veille des matches, avec un retour le soir des rencontres. Notre rôle consistera à gérer la navigation des sélections et des supporters.

Didier Lauras

Didier Lauras

Chef du Département Sports

Vincent Amalvy

Vincent Amalvy

Responsable photo pour la région Asie-Pacifique, Chef des opérations spéciales