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Grégoire Lemarchand

Grégoire Lemarchand

Adjoint à la Rédaction en Chef Centrale, chef des réseaux sociaux et du fact-checking

Sophie Nicholson

Sophie Nicholson

Adjointe au chef des réseaux sociaux et du fact-checking

Fact-checking : une activité en croissance, une expertise reconnue

Lancé en novembre 2017, le blog Factuel consacré à la vérification et à la démystification des fausses informations s’est considérablement développé en 2018 : disponible en quatre langues et fort d’une équipe spécialisée d’une vingtaine de journalistes dans le monde, il a permis d’imposer l’AFP comme une référence essentielle en matière de fact-checking.

Factuel (français), AFP Fact Check (anglais), Factual (espagnol), Checamos (portugais) : le fact-checking s’est décliné en 4 langues à l’AFP. Factuel avait été inauguré en novembre 2017, ses trois « petits frères » ont été lancés en juin 2018. A la fin de l’année, ce sont près de 20 journalistes, fact-checkers et éditeurs, qui travaillent désormais à lutter contre la désinformation. Au 31 décembre 2018, près de 1 000 articles, libres d’accès, avaient été publiés.

Les fact-checkers sont répartis dans 14 bureaux de l’Agence, sur cinq continents : en Amérique du Nord (Montréal), en Amérique Latine (Mexico, Bogota, Rio), en Afrique (Dakar, Lagos, Libreville, Johannesburg, Nairobi), en Europe (Paris) et en Asie (Islamabad, New Delhi, Djakarta et Manille). Au quotidien, leur activité est encadrée par des journalistes en poste dans les rédactions en chef régionales (Washington, Montevideo, Paris et Hong Kong).

Comme n’importe quelle production à l’AFP, le fact-checking répond à des règles éditoriales strictes : rien n’est publié sans relecture et édition par des journalistes expérimentés. La production respecte en outre le code rédigé par l’International Fact-Checking Network (IFCN), une institution indépendante qui fait référence. 

Enjeux importants

Avec l’explosion globale de la désinformation – que celle-ci soit créée pour nuire à un pays, une communauté ou une minorité, ou alors pour gagner de l’argent avec du « clic facile » (le click bait) –, les fact-checkers de l’AFP s’attaquent à un front extrêmement vaste. Et ils ne s’interdisent rien : fausses informations, rumeurs ou canulars, plus ou moins sophistiqués, circulant à large échelle et pouvant avoir un impact concret sur l’opinion publique ou le quotidien des gens ; photos ou vidéos partagées hors contexte ou manipulées ; propos de personnalités publiques dont la véracité est en doute. Avec, à chaque fois, des enjeux importants : sommes-nous en mesure de vérifier les faits pour ne pas laisser la moindre place au doute ? Sommes-nous équilibrés dans nos choix ? Ne risquons-nous pas de donner de la visibilité à une fausse information peu partagée ?

Lorsque la désinformation ou la manipulation de l’information est avérée, les fact-checkers s’attachent à faire montre du maximum de pédagogie dans leurs articles : tout est développé avec le maximum d’images, de captures d’écran ou de liens afin que chaque lecteur comprenne toutes les étapes qui permettent de conclure à une fausse information. Il n’y a pas davantage d' « évidences » ou de sources anonymes : tout est clairement expliqué, identifié et sourcé. Enfin, en s’adressant à une audience parfois très méfiante à l’égard des médias, il est très important de ne pas porter de jugements, ou de verser dans l’ironie ou le parti pris : le ton est factuel et neutre.

En France, le travail de vérification de l’AFP a particulièrement été remarqué en novembre et décembre, au plus fort de la mobilisation des « gilets jaunes ». Dans une atmosphère très défiante à l’égard des médias traditionnels, accusés d’être aux ordres du pouvoir, énormément d’infox ont circulé. AFP Factuel en a démonté beaucoup – comme celle, par exemple, prétendant que des photojournalistes avaient mis en scène des clichés ou une autre ergotant sur de mystérieuses voitures sans plaques d’immatriculation –, s’attirant un considérable surcroît de curiosité et de notoriété parmi les professionnels ainsi que le grand public. Et c’est quotidiennement que des questions d’internautes sont depuis soumises à AFP Factuel sur les réseaux sociaux, afin de savoir si telle ou telle information est véridique.

Au quotidien, les fact-checkers de l’Agence, formés continuellement aux techniques de vérification et à l’usage des outils d’investigation en source ouverte comme la recherche d’image inversée, profitent de surcroît d’un atout précieux : le réseau AFP de plus de 1 700 journalistes dans le monde, qui sont autant d’experts d’un sujet, d’une région ou d’une langue et qui disposent de sources indispensables sur le terrain. Les éditeurs des rédactions en chef ont également effectué de nombreux voyages de formation auprès des différents journalistes fact-checkers afin de parvenir à un niveau aussi élevé qu'homogène.

Enfin, alors que les interrogations surgissent parfois sur l’utilité du travail de fact-checking (celui-ci est-il efficace ? atteint-il les personnes qui ont consommé et partagé une infox ?...), la participation de l’AFP au programme TPFC (Third party fact-checking tool) de Facebook permet d’avoir une influence directe sur la circulation de la désinformation sur le plus grand réseau social du monde et ses plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs.

Objectif : réduire la visibilité

L’AFP, comme d’autres médias à l’image de l’agence AP aux Etats-Unis ou du Monde en France, participe à ce programme depuis 2017. Concrètement, si une publication (texte, photo ou vidéo) est qualifiée de fausse :

  • les utilisateurs sont moins susceptibles de la voir car elle perd une grande partie de sa visibilité dans le fil d'actualité ; 
     
  • si la publication apparaît sur son fil, l’internaute se voit proposer, juste en-dessous, le fact-checking présenté comme un « article connexe » présentant un autre point de vue ; 
     
  • l’auteur de la publication reçoit une notification (et dispose de la possibilité de corriger afin de ne plus être affecté par la perte de visibilité) ; 
     
  • si une page partage de manière répétée des informations erronées, c’est sa visibilité globale qui est réduite par Facebook, tandis que la possibilité de monétiser la page est également affectée. 

L'AFP conserve bien évidemment une totale indépendance sur les sujets qu’elle décide de traiter ou pas, d’autant que ses journalistes monitorent la désinformation bien au-delà de Facebook (Twitter, Instagram, WhatsApp...). En étendant son réseau de journalistes spécialisés – qui échangent au quotidien entre eux et progressent ainsi chaque jour –, en participant au TPFC de Facebook, en continuant à développer le plugin InVID grâce à son Medialab, en donnant beaucoup de visibilité à ses fact-checks sur les réseaux sociaux, l’AFP s’est installée comme une référence mondiale dans la lutte contre la désinformation.

Pendant la crise des « gilets jaunes », les articles ont été nombreux dans les médias français (France TV, Le Figaro, L’Express, Konbini...) et internationaux (Gizmodo, Euronews, huffingtonpost.es...), tandis que les journalistes d’AFP Factuel ont été invités à témoigner dans de très nombreuses tables rondes et conférences.

Et en 2019, le réseau de fact-checkers de l’agence doit continuer à croître, s’étendre à de nouveaux pays et de nouvelles langues, comme l’arabe.